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L'évolution de la production laitière québécoiseVolume Numéro 11 mai 2020

Ferme Riter 2010: Pour bien gérer, on doit être proactif

FERME RITER 2010: Pour bien gérer, on doit être proactif
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Richard Therrien et Louise Savoie ont acquis la ferme laitière en 1982. Frédéric a rejoint ses parents en 2003 suite à des études en gestion et technologie d’entreprise agricole (GTEA). La conjointe de Frédéric, Johany Fontaine, travaille à l’extérieur. En 2002, considérant la désuétude des bâtiments et surtout l’intention de Frédéric de prendre la relève, on a construit la vacherie, la laiterie et la grange à foin. Depuis cinq ans, pour maximiser le quota et rentabiliser les places dans l’étable, les taures sont gardées en pension. Elles seront rapatriées cette année grâce à un projet d’agrandissement de la vacherie.

PORTRAIT DE LA FERME

  • Propriétaires : Frédéric et Richard Therrien et Louise Savoie.
  • Employés : Deux employés à temps partiel.
  • Nombre d’hectares : 115 en culture, 100 en boisé, dont une érablière de 7 300 entailles.
  • Cultures principales : Foin de mil-luzerne fait en balles rondes humides, maïs ensilage et soya selon les années.
  • Nombre de têtes : 152, dont 69 vaches en lactation gardées en stabulation entravée.

Actuellement, les vaches taries sont gardées sur litière accumulée dans l’ancienne grange à foin. Les veaux sont aussi logés dans cette grange dans des huches individuelles et de groupe. Une option d’abord faite pour dépanner mais le bon gain de poids et le peu de maladies ont vite fait de maintenir cette pratique! En laissant les portes ouvertes, les animaux profitent d’une bonne ventilation et sont à l’abri des intempéries. L’été, une partie des animaux de remplacement et les vaches taries sont à l’extérieur.

LA RÉPARTITION DES TÂCHES

Louise s’occupe de la propreté de la laiterie et de l’équipement de traite en plus de faire la comptabilité de l’entreprise. Par ses commentaires, elle contribue aussi au bon cheminement de l’entreprise. Richard voit à la reproduction et au choix de taureaux. Frédéric tient à jour le calendrier de régie et, en un coup d’oeil, il voit quelles vaches demandent des actions dans la journée. Il entre ces informations et celles sur la santé du troupeau dans le logiciel DSA dans le but d’avoir un historique pour s'y référer et décider des actions à poser. Il s’occupe aussi de l’alimentation du troupeau et de la préparation des rations.

Les fourrages, balles rondes humides et maïs ensilage sont analysés et identifiés.Dès la fin des récoltes, avec l’aide de leur conseiller Jonathan Lehoux de leur coop régionale, Frédéric passe en revue les rations en fonction des analyses. Ensemble, ils décident à l’avance la combinaison des balles rondes et la quantité de maïs à ajouter dans le mélangeur. Au besoin, la ration est balancée avec du maïs moulu et/ou de la drêche. Une moulée personnalisée est distribuée cinq fois par jour selon le besoin de chaque vache.

La traite, c’est le moment où l’organisation de la journée prend forme. De chaque côté de l’allée, Richard et Frédéric se partagent leurs vues et le travail à faire dans la journée. Quand Marco Rhéaume, leur technicien en production laitière chez Lactanet, fait le contrôle, ils s’informent des nouveautés et de l’industrie en général. Rémi Viel, un employé partagé avec une entreprise voisine, aide à la traite et à la préparation des rations. Les fins de semaine, une étudiante en GTEA, Mylène Laflamme, participe à la traite afin que les propriétaires puissent se libérer en alternance pour deux ou trois traites. Tous deux ont à coeur la réussite de l’entreprise en respectant les consignes et en apportant leurs commentaires qui sont appréciés.

« POUR GÉRER UNE “BUSINESS”, ON DOIT ÊTRE PROACTIF »

Même s’ils ont chacun leur domaine d’actions, plusieurs décisions se prennent à deux, par exemple, celles pour la régie du troupeau, les opérations courantes de la ferme et de la cabane à sucre. Avec le manque de place, les décisions ne se prennent plus avec des sentiments mais pour assurer l’efficacité de l’entreprise. « On produit plus du double de gras qu’en 2006 avec le même bâtiment. » dit Richard. Avec les années d’expérience et un bon sens de l’observation, on n’attend plus le spécialiste, on agit. « Il faut être proactifs, le temps c’est de l’argent ! » mentionne Frédéric. Ils ont recours à Jonathan et à Marco pour confirmer leurs décisions. Ce dernier épluche les rapports Lactanet à l’avance et leur pointe les vaches qui manquent de persistance et celles qui semblent problématiques - un travail d’équipe.

Au-delà des données quotidiennes ou mensuelles, ils se fixent des objectifs annuels. Une fois par année, ils prennent le temps d’analyser leurs performances avec Jonathan et décident des objectifs à atteindre et des moyens pour y arriver. Réaliser 100 kg de gras avec 69 vaches, c’est déjà un bon objectif atteint! Mais il faut toujours faire plus et mieux sans trop augmenter la charge de travail.

« ON AGIT POUR LA RENTABILITÉ DE L’ENTREPRISE »

Le critère de l’IPT qui s’est le plus amélioré ces dernières années, c’est la longévité. L’amélioration du confort et des critères de réforme serrés sur les performances (fertilité, kg de gras produits) et la santé du pis (pour le maintien des deux primes à la qualité du lait) font que le troupeau vieillit bien et que la longévité est élevée. « L’observation est importante et on voit rapidement celles qui doivent partir et celles qui ont du potentiel » mentionne Richard.

Il ajoute : « On a toujours été au-dessus de 95 pour l’IPT, souvent à 98 et à 99. C’est beaucoup de travail mais les décisions ne sont pas prises pour avoir un gros IPT. » Frédéric : « Ce sont les points qui amènent de l’argent dans le portefeuille qui ont priorité. » Les propriétaires mentionnent que c’est le bon synchronisme des critères de l’IPT qui leur a fait gagner cette troisième place au Québec et la cinquième au Canada. Pour les gestionnaires, ce n’est pas nécessairement le nombre d’heures qui est important, mais la qualité du travail qui y est consacré.

DONNÉES ET OPPORTUNITÉS

Les données les plus utiles sont les rapports sur la santé du pis et les cellules somatiques. Ils font des tests bactériologiques pour identifier la bactérie et décider s’ils traitent ou non. Ils surveillent l’urée du lait avec les données fournies sur l’extranet des PLQ1 et vérifient les extrêmes lorsque le rapport d’urée arrive. L’acétonémie est vérifiée régulièrement. Au point de vue de l’élevage, les génisses sont génotypées et sélectionnées à bas âge pour n’élever que les bons sujets. Les huches ont eu un effet positif sur le gain de poids pour les faire vêler à 23 mois. Du côté reproduction, ils utilisent de la semence sexée et ils varient les outils pour la confirmation de la gestation selon l’opportunité : quand Marco vient pour le contrôle, c’est GestaLab, quand le médecin vétérinaire est à la ferme, on fouille ou on utilise le test DG29.

DE QUOI SERA FAIT LE FUTUR?

Le futur pour la Ferme Riter sera l’entrée de plus de technologies pour agir encore plus rapidement. Présentement, ils étudient deux logiciels pour la gestion du troupeau. Il y a l’application mobile de Lactanet qui leur permettrait d’avoir leurs données sur le bout des doigts. Ils souhaitent explorer le nouvel outil PROFILab pour voir ce que ça pourrait leur apporter. Bref, en cette période du temps des sucres, quelques conversations père-fils pour ces belles soirées de bouillage à venir accompagnées d’un p’tit réduit…


La propreté, le confort et la santé sont au rendez-vous dans cette étable froide.

1 L’analyse de l’urée du réservoir est effectuée au laboratoire de Lactanet.

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