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ArticleVolume Numéro 5 août 2019
René Royagr.

L'avenir est aux grosses fermes ... pas certain!

L'avenir est aux grosses fermes ... pas certain!
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Dans mon dernier billet « Tout coûte plus cher en production laitière », je soulignais que malgré une hausse du prix des intrants de 2013 à 2017, les charges variables par hectolitre avaient légèrement diminué durant cette période.  J’expliquais que les gains de productivité réalisés sur les fermes avaient permis ce résultat.  Ça me semblait un bon coup des producteurs qu’il valait la peine de souligner. 

Les plus grosses fermes systématiquement plus productives?

Mon collègue Jeff Gunn a trouvé ce premier article intéressant et a invité les membres du groupe Facebook Lactanet Atlantic Canada à le lire.  Plusieurs commentaires pertinents ont été émis par les producteurs.  L’un d’entre eux m’a interpelé plus que les autres.  Je traduis ici librement l’idée qui s’en dégage:  la recherche des gains de productivité conduit inévitablement vers un grossissement de la taille des fermes.  Je suis donc retourné à l’échantillon de données que j’avais utilisé pour voir si cette affirmation se confirmait. 

Dans le graphique suivant, chaque losange bleu représente une des 397 fermes de mon échantillon pour 2017.  La ligne pointillée nous indique qu’il aurait une faible tendance à voir le coût de production (prix cible) diminuer en fonction de la taille de l’entreprise (volume de lait livré).   La zone bleu clair en bas nous permet de cibler les fermes qui ont un excellent coût (< 70 $/hl). On peut constater qu’il y a des entreprises de toutes les tailles dans cette zone.  En fait, 16 % des fermes affichant un coût de production inférieur à 70 $/hl produisaient moins de 500 000 litres de lait (cercle vert).   Plus haut dans le graphique, on constate aussi qu’un nombre important de petites fermes dépassent les 90 $/hl (cercle rouge).  C’est donc une erreur de mettre toutes les petites fermes dans le même panier et de penser qu’il n’y a que les grosses fermes qui peuvent tirer leur épingle du jeu dans l’environnement économique actuel.

Graphique 1

Qu’en est-il des plus petites fermes?

Les petites fermes de moins de 500 000 litres de lait représentent 26 % des 397 fermes analysées alors que les grosses fermes de plus de 1 500 000 litres comptent pour 9 %.    L’analyse plus détaillée des données des fermes affichant un prix cible sous les 70 $/hl nous indique que :  les charges variables sont similaires à 43,64 $/hl (petites) vs 42,56 $/hl (grosses) alors que la moyenne des 397 fermes se situe à 46,01 $/hl.   Du côté des charges fixes avant salaires :  15,86 $/hl (petites) vs 16,40 $/hl (grosses) comparé à 19,84 $ pour tout le groupe. 

Comme on pouvait s’y attendre, les petits troupeaux se font déclasser par les grands troupeaux pour le lait produit par travailleur à l’étable :   323 000 litres contre 618 000 litres pour les grosses fermes.  Ça confirme ce qu’on savait déjà :  la main-d’œuvre c’est le premier endroit où les économies d’échelle sont présentes en production laitière.   Malgré tout, comme les grosses fermes ont plus recours à des salariés externes et que ceux-ci sont rares depuis quelques années (pas de travailleurs illégaux disponibles ici…), les salaires et les charges sociales versées font perdre une partie de leur avantage aux grosses fermes :   9,50 $/hl pour les gros vs 10,09 $/hl pour les petits.  Certains diront que les exploitants des petites fermes se versent des salaires moins élevés que la moyenne et c’est ce qui leur permet d’arriver financièrement.  C’est vrai que la rémunération par travailleur est plus faible pour nos petites fermes mais même si on l’augmentait au niveau de la moyenne des 397 fermes, les petites fermes performantes continueraient à afficher un coût de production sous les 70 $/hl.  Donc c’est une question de choix et non de nécessité.

Autre particularité des petites fermes efficaces :   leur endettement est de 123 $/hl vs 262 $/hl pour les grosses fermes de leur groupe (212 $/hl pour la moyenne des 397 fermes).   Moins de risques face à des augmentations possibles de taux d’intérêt.  Cela ne signifie pas que ces fermes n’ont pas investi dans les dernières années mais simplement qu’elles ont limité les « gros » projets.  On s’est concentré sur le renouvellement normal des équipements et bâtiments ainsi que l’achat de quota.  En plus, grâce à leur faible coût de production et à leur endettement peu élevé, elles ont pu autofinancer une part importante de leurs nouveaux investissements afin d’éviter de voir grossir leur dette. 

Tout est une question de stratégie!

L’avenir n’est ni aux petits ni gros troupeaux. L’avenir est plutôt à ceux qui savent tirer profit de leurs particularités pour bien performer:  un joueur de 5 pi 8 po qui veut percer et durer dans la LNH ne peut adopter le même style de jeu que celui qui mesure 6 pi 3 po.  En entreprise, le coût de production est un des éléments importants de mesure de la performance.   

 

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