ArticleVolume Numéro 28 juin 2019

L’utilisation de semence de taureaux de boucherie dans l’industrie laitière

L’utilisation de semence de taureaux de boucherie dans l’industrie laitière
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L’économie stimule la rentabilité! Dans l’industrie laitière, différents facteurs ont affecté ces dernières années l’aspect économique des décisions en matière de sélection génétique et de gestion de troupeau. Un des résultats marquants a été la tendance à la hausse de l’utilisation de semence de taureaux de boucherie pour inséminer des Holstein et des animaux laitiers d’autres races. Regardons de plus près l’état actuel de cette récente tendance au Canada.

Tendances actuelles

Dans la base de données de Lactanet utilisée pour les évaluations génétiques, plus de 1,5 million de nouveaux relevés d’insémination sont ajoutés chaque année. Dans le cas des femelles Holstein, près de 30 millions de relevés d’insémination se sont maintenant accumulés depuis 2000. Dans ces données, le taureau utilisé est enregistré, ainsi que sa race. La Figure 1 indique la tendance pour la proportion de femelles Holstein inséminées avec de la semence de taureaux regroupés en trois catégories :

  1. Taureaux Holstein
  2. Taureaux d’autres races laitières, y compris les races Ayrshire, Jersey, Suisse brune, Guernsey, Canadienne et Shorthorn laitière
  3. Taureaux de races de boucherie

Figure 1 : Tendance dans la race des taureaux utilisés pour l’insémination de Holstein

La Figure 1 indique clairement que le pourcentage de femelles Holstein inséminées avec de la semence de taureaux d’une autre race laitière est demeuré très faible à environ 0,5 %. Compte tenu de la stabilité de cette tendance, la relation entre les deux autres tendances est complètement opposée. Avant 2005, l’utilisation de semence Holstein pour inséminer des Holstein se maintenait constamment à 98 %, mais cette utilisation a légèrement diminué à 96 % pendant la période de 2005 à 2013. Plus récemment, le taux de cette tendance décroissante s’est toutefois accéléré pour atteindre 92 % en 2018. Selon les données de 2019 actuellement disponibles, ce qui représente approximativement 40 % de toute l’année, une baisse sans précédent a été réalisée, avec seulement 89 % des Holstein inséminées avec de la semence de taureaux Holstein, et on s’attend à ce que cette statistique diminue encore au cours de l’année. La Figure 1 indique clairement que cette tendance décroissante des inséminations Holstein avec Holstein découle entièrement d’une popularité simultanément croissante des inséminations de femelles Holstein avec de la semence de taureaux de races de boucherie. L’utilisation « bœuf sur laitier » qui était constamment inférieure à 3 % avant 2013 a dépassé le niveau de 10 % jusqu’à maintenant en 2019.

Qu’est‐ce qui a changé?

La production laitière repose sur les gestations visant à produire des génisses qui deviennent de futurs animaux de remplacement pour le troupeau laitier. Dans des circonstances normales, la moitié de toutes les gestations produisent un veau mâle qui est habituellement vendu peu après la naissance. Jusqu’à récemment, la plupart des producteurs laitiers canadiens gardaient et élevaient simplement toutes les génisses jusqu’à ce qu’elles vêlent pour la première fois. Alors que le nombre de génisses de remplacement requises dépend du taux de remplacement du troupeau, l’élevage de toutes les génisses nées à la ferme produit généralement trop de vaches dans le troupeau laitier. Lorsque le prix offert pour des génisses gestantes et/ou des jeunes vaches est élevé, il est justifié sur le plan économique de les vendre à d’autres producteurs ou à l’exportation.

Deux grandes technologies ont changé la pensée et l’économie traditionnelles de la production laitière au cours des dernières années. La première est l’utilisation de la semence sexée pour inséminer les meilleures femelles du troupeau, ce qui hausse à 90% la chance d’obtenir une génisse de chaque gestation. Dans le scénario extrême, on peut obtenir le même nombre de génisses de 55 % des gestations en utilisant de la semence sexée plutôt que 100 % de semence conventionnelle. Le testage génomique est la deuxième nouvelle technologie qui a une incidence majeure sur le volet économique de la production laitière. Au coût actuel de 33 $ par animal, les producteurs sont davantage en mesure d’identifier les génisses qui ne valent pas la peine d’être élevées et admises dans le troupeau laitier, ce qui leur fait économiser d’importantes sommes d’argent qu’ils auraient dépensées en coûts d’élevage.

Par conséquent, les producteurs laitiers qui utilisent une certaine quantité de semence sexée dans leur troupeau voient deux options s’offrir à eux. La première consiste à produire encore plus de génisses que requis pour obtenir des sujets de remplacement, mais aussi d’utiliser le génotypage dans une proportion appropriée pour savoir lesquelles vendre dès leur plus jeune âge. Une deuxième option lorsqu’on utilise de la semence sexée pour inséminer les meilleures femelles du troupeau consiste à effectuer différents choix d’élevage au moment d’inséminer les vaches les plus faibles du troupeau. Parmi ces choix, on retrouve de nos jours l’utilisation de la semence de taureaux de boucherie lorsqu’il n’y a déjà aucun intérêt à obtenir une génisse de remplacement d’une mère donnée, et lorsque le prix de vente est élevé pour les jeunes veaux, mâles ou femelles, qui sont issus de croisements bœuf x laitier.

Sommaire

En fin de compte, il y a trois réalités économiques associées aux décisions d’élevage auxquelles les producteurs laitiers doivent penser pour maximiser la rentabilité de leur troupeau :

  1. Il est coûteux d’élever chaque génisse née dans le troupeau, particulièrement lorsqu’on utilise de la semence sexée, à moins qu’il soit prévu d’agrandir le troupeau dans un an ou deux.
  2. Le testage génomique aide à mieux identifier les génisses qui ne sont pas susceptibles d’être performantes dans le troupeau laitier et qui peuvent être vendues à un jeune âge pour éviter les coûts d’élevage.
  3. Même s’il est important que la plupart des vaches du troupeau deviennent gestantes pour entamer une autre lactation, il n’est pas nécessaire d’obtenir une génisse de ces mères, et il peut s’avérer plus économique d’inséminer les vaches les plus faibles avec de la semence de taureaux de boucherie pour profiter du prix élevé obtenu de la vente de veaux croisés bœuf x laitier.
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