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Revue Le producteur de lait québécoisVolume Numéro 14 octobre 2020
Débora SantschiPh.D., agr.

PROFILab vache individuelle : un aperçu de ce qui se prépare

PROFILab vache individuelle : un aperçu de ce qui se prépare
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En collaboration avec Daniel Warner, professionnel de recherche en analyse de données, Innovation et développement, Lactanet

Depuis février 2020, le profil d’acide gras du lait de réservoir est disponible pour les producteurs de lait du Québec. Jetons un coup d’oeil sur ce qui se prépare…

Observer le profil d’acides gras du troupeau est fort intéressant pour un suivi régulier de ce qui se passe dans l’étable. Par contre, les vaches à l’intérieur d’un groupe ou d’un troupeau ont chacune leurs particularités et avoir un indicateur au niveau de la vache individuelle pourra devenir très utile dans plusieurs contextes. Par exemple, on sait que le stade de lactation a un impact très important sur le profil en acides gras du lait. En tout début de lactation, près de 50 % des acides gras du lait proviennent de la mobilisation des réserves corporelles, ce sont des acides gras préformés.

Simultanément, le rumen ainsi que la glande mammaire sont encore en train de s’adapter au statut de lactation, les acides gras de novo (fabriqués dans la glande mammaire) ne sont donc pas encore maximisés. Les acides gras mixtes, mélange des deux sources précédentes, suivent habituellement les acides gras de novo en début de lactation. Selon les données que nous avons recueillies dans les dernières semaines au Québec et conformément à ce qu’on aperçoit ailleurs dans le monde, la majorité des changements dans le profil d’acides gras semble se produire durant les 75 premiers jours en lactation, environ, et les proportions sont plus stables par la suite.

Ainsi, l’évolution des différents groupes d’acides gras des vaches en début de lactation peut révéler une panoplie d’informations très utiles pour maximiser le succès de la transition et les performances des vaches de nos troupeaux. Quelques exemples concrets incluent ce qui suit.

  1. Évaluer la mobilisation de réserves corporelles

    Les vaches en début de lactation ont un bilan énergétique négatif, et très souvent ont recours à l’énergie stockée dans leurs réserves corporelles pour répondre à la très forte demande de nutriments nécessaires pour la production de lait. C’est un phénomène naturel et connu, mais il est souvent difficile d’estimer l’ampleur de la mobilisation de réserves corporelles. Le profil d’acides gras du lait peut servir à estimer cette mobilisation. De plus, en lien avec l’analyse de corps cétoniques dans le lait – dont le β-hydroxybutyrate (BHB) mesuré grâce à Cétolab ou grâce aux tests sanguins –, le profil d’acides gras du lait permettrait d’avoir un meilleur aperçu de la façon dont les vaches gèrent cette grande demande de nutriments en début de lactation afin d’apporter des mesures de correction à la régie et l’alimentation de la période de transition si nécessaire.
  2. Estimer la perte de poids des vaches

    Comme décrit dans la section précédente, les vaches en début de lactation mobilisent des réserves corporelles, ce qui a comme résultat d’augmenter la proportion d’acides gras préformés dans le lait. Grâce à la composition des différents acides gras et groupes d’acides gras et en lien avec d’autres composants comme le gras total et le BHB, il est possible de prédire la perte de poids de la vache, et donc de mieux réagir pour éviter la mobilisation excessive qui aurait des impacts négatifs sur la reproduction et éventuellement la carrière de cette vache dans notre troupeau.
  3. Prédire les risques d’acidose ruminale

    Mesurer ce qu’on ne peut voir à l’oeil nu, par exemple le pH ruminal, voilà une application intéressante du profil d’acides gras du lait. Les validations sont en cours grâce à un projet qui allie les chercheurs d’Agrinova et de l’Université Laval, et si le potentiel de prédiction de pH ruminal s’avère précis, il serait alors possible d’utiliser les acides gras pour évaluer les risques d’acidose et potentiellement prévenir des impacts plus graves en optimisant les transitions des vaches en début de lactation tout particulièrement. 

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